6h47
Je me réveille avant mon réveil. Ce n’est pas vraiment moi qui décide : ce sont mes muscles qui m’appellent, comme un chœur désaccordé.
Je reste immobile quelques secondes, le temps de comprendre la “météo” du jour.
Aujourd’hui, c’est un mélange de raideur et de picotements, comme si mon corps avait dormi sur un sol trop dur.
Je respire doucement. Je ne me juge pas. Je prends juste acte : « Bonjour toi… on va faire au mieux. »
Matin – apprivoiser le mouvement
Je m’assieds au bord du lit.
C’est un geste simple, mais honnêtement, certains matins il ressemble à un petit exploit.
Mes pieds touchent le sol, froids, un peu engourdis.
Je m’étire… lentement.
J’ai appris que précipiter le mouvement revient souvent à précipiter la douleur.
Dans la cuisine, la lumière du matin filtre à travers les rideaux.
Le monde paraît paisible, mais à l’intérieur de moi, tout est encore flou.
La fatigue retombe en couches, comme une couverture trop lourde.
Je prépare mon petit-déjeuner en comptant mentalement mes forces du jour.
Une part de moi espère toujours une surprise : « Peut-être que la fibro-fog sera plus légère aujourd’hui. »
Fin de matinée – vivre avec l’imprévu
Je regarde ma to-do list.
Il y a ce que j’aimerais faire, et il y a ce que mon corps acceptera.
La marge entre les deux est souvent un exercice d’acceptation.
Parfois, mes mains me lancent, parfois c’est ma nuque qui se contracte d’un coup, comme si on tirait une corde invisible.
Je m’adapte.
Je fais une pause.
Je bois de l’eau tiède.
Je ferme les yeux quelques minutes, juste pour laisser mon système nerveux respirer.
C’est dans ces moments-là que la solitude peut se glisser, pas par tristesse… mais parce qu’il est difficile d’expliquer aux autres ce que l’on ressent quand tout fait un peu trop.
Alors j’apprends à me tendre la main à moi-même.

Après-midi – l’art de doser son énergie
Aujourd’hui, j’ai un petit regain d’énergie vers 14h.
Ils ne durent jamais très longtemps, mais je les chéris comme de petits rayons de soleil.
J’en profite pour faire quelque chose qui me nourrit : écrire quelques lignes, arroser une plante, écouter une chanson que j’aime.
Puis la douleur change de forme.
Elle est mouvante, insaisissable.
Un jour elle brûle, un autre elle serre, parfois elle pulse.
Ce n’est jamais la même histoire, mais toujours le même langage.
Alors je ralentis.
Je m’allonge quelques minutes, une main sur le ventre, l’autre sur le cœur.
Je me rappelle que le repos n’est pas une faiblesse — c’est une stratégie de survie douce.
Fin de journée – quand la fatigue devient lourde
Vers 18h, tout mon corps semble parler en même temps.
Il réclame du calme, des mouvements lents, de la chaleur.
Je prends une douche tiède : l’eau glisse sur mes épaules et, pendant quelques instants, tout devient plus léger.
J’aime cette sensation de répit, même si elle ne dure que quelques minutes.
Le soir s’installe.
Je prépare un repas simple.
J’écoute mon souffle.
Je sens mes limites, mais je ne les combats plus comme avant… je les apprivoise.
La nuit – le moment où tout peut basculer
Je me glisse sous les draps.
Je voudrais m’endormir vite, mais mon corps a parfois d’autres plans :
les jambes qui picotent, le dos qui tire, les pensées qui tournent.
Pourtant, certains soirs, une douce surprise arrive :
mes muscles se relâchent, mon esprit descend d’un cran, et je glisse lentement dans le sommeil.
Ce n’est pas parfait, mais c’est doux.
Et je remercie mon corps pour ça.
Conclusion : ce que je retiens de cette journée
Vivre avec la fibromyalgie, pour moi, c’est naviguer dans un océan aux courants imprévisibles.
Parfois la mer est calme, parfois la houle me secoue.
Mais chaque jour, j’apprends un peu plus à écouter, respecter et accompagner ce corps qui fait de son mieux, malgré tout.
Et si tu vis ce même parcours :
sache que ta force ne se voit peut-être pas…
mais elle est là, dans chaque geste, chaque adaptation, chaque souffle courageux que tu prends.
Tu n’es pas seul·e.
Nous avançons ensemble, doucement, à notre manière.
Le réveil avant la sonnerie du réveil… comme ça me parle.
Même si aujourd’hui mes douleurs sont moindres comparées à avant… ce sont toujours des nuits moyennement reposantes, et des journées fatigantes d’avance.
Alors oui je comprends ce que tu vis au quotidien, même si nos handicaps/maladies invisibles diffèrent, ils se rejoignent dans ce que nous vivons et que les autres ne peuvent comprendre.
Cet article est vraiment bien écrit, et il permet à ceux qui ne savent pas ce que c’est, d’au moins pouvoir l’imaginer pour l’appréhender ensuite.
Merci à toi pour cela. 💚
Merci à toi d’avoir pris le temps d’écrire ce message.
Merci pour ta bienveillance.
Et merci de rappeler que les mots peuvent créer des ponts entre des vécus différents.
Je t’envoie beaucoup de courage et de douceur pour les nuits difficiles, et pour ces journées qui commencent avec une fatigue que d’autres ne peuvent imaginer. 💚
N’hésite jamais à revenir échanger ici. Tu n’es pas seule.
Une belle leçon de résilience et d’écoute de soi que je ressens à travers ce message. Bravo à toi de t’écouter, ton corps ne pourra que t’en remercier, même si cela prend un peu de temps…
Ce chemin d’écoute de soi n’est pas toujours simple, surtout quand on a longtemps appris à faire passer son corps après tout le reste… Alors lire que tu y vois de la résilience, ça me fait énormément de bien.
Je me dis aussi que, comme tu le dis si justement, même si ça prend du temps, chaque petit geste d’écoute est une façon de dire à mon corps : “Je te respecte, je t’entends.”
Merci d’avoir pris le temps de m’écrire ce message, ça encourage à continuer dans cette voie 🌿✨
Même si je ne vis pas la fibromyalgie, ton récit m’aide à prendre conscience de ce que vivent celles et ceux qui ont des douleurs invisibles, une réalité souvent silencieuse.
J’aime beaucoup la façon dont tu parles des ressentis de ton corps, sans jugement. On vit tellement à 100 à l’heure qu’on en oublie souvent d’écouter notre corps et ses signaux…
D’où l’importance de ralentir et d’apprendre à ne pas juger ce qui peut nous traverser.
Merci pour ce partage authentique et sincère 💚
Oh merci beaucoup pour ton message, il me touche vraiment 💜
C’est précieux d’avoir ton regard de personne qui ne vit pas la fibromyalgie mais qui prend le temps de s’y intéresser et d’écouter ce que traversent celles et ceux qui ont des douleurs invisibles. Rien que ça, c’est déjà un énorme soutien.